Gilbert Pauli: une évolution soudaine dans un parcours à maturation lente

C'est une longue histoire – comme souvent chez les artistes. Une «démangeaison» lointaine rappelée par la mère: l'enfant ne tenait en place que des crayons de couleurs dans les mains. Enfance terrestre, ferme familiale, vie dure dans ces campagnes des années cinquante. Et bien des expériences attrapées, vécues, façonnées au cours d'une lente maturation de vie d'adulte. Non pas la voie toute tracée dans une école d'art, mais l'accompagnement des hommes incarcérés. Leur faire découvrir de nouvelles fenêtres, une autre lumière sur le beau... C'est une première évasion si l'on peut dire ! Et puis l'art, au centre ou dans ses marges. Créateur de bijoux, restaurateur d'art, encadreur, enseignant, galeriste même.

Aujourd'hui, l'exposition de Gilbert Pauli achemine de nouvelles formes et matières. On l'a connu dans des monochromies - texturées certes, limite basreliefs -, mais où les noirs se juxtaposaient à d'autres noirs, en valeurs proches. Ce fut ensuite les blancs, les gris, et toutes leurs variations; des vibrations et différences parfois infimes entre deux ou trois blancs et quelques gris. Et toujours ce recours à des matériaux plus attendus chez un carreleur ou un maçon que chez un peintre.

Un déménagement, un nouvel atelier. On regarde par la fenêtre, et la nature, les montagnes, viennent mourir au pied d'une zone industrielle. Paysage étonnant où quelques belles architectures contemporaines se mêlent à une intrication d'ateliers, d'entrepôts, d'enseignes: ici, on fabrique, on monte, on entreprend, on vend.

Gilbert Pauli ne se coule pas immédiatement dans ce nouvel habit. Les premières peintures ne viennent pas – ou viennent mal. Pause… puis reprise: au cours d'une nuit dit-il. Ce retour de la couleur - même en sourdine -, de matières diversement structurées, d'agencements plus libres, d'où les tire-t-il? Les peintures monochromes venaient sans doute d'un besoin d'épuration, de soustraction progressive des éléments. Aujourd'hui est venu le temps d'ajouter de la couleur - des pigments - aux mortiers tirés de sacs industriels. Et de laisser les formes courir plus à leur aise. A la fin de la rencontre, Gilbert Pauli évoquera son besoin spirituel, lié aux époques successives de son parcours. J'ai besoin de retrouver la terre, dans une continuité spirituelle. Et de citer le mot de Gauguin: D'où venons-nous? Que sommes-nous? Où allons-nous?

Michel Aebischer


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